Batimat 2025 s’est tenu en novembre au Paris Le Bourget. C’est le salon biennal de référence du bâtiment en France, et j’y ai passé deux jours à arpenter les allées pour vous ramener ce qui me semblait vraiment significatif. Après 28 ans dans les diagnostics immobiliers et 6 éditions de Batimat observées, je peux distinguer les tendances de fond des effets de communication. Voici mon bilan.
La RE 2020 comme moteur d’innovation
La Réglementation Environnementale 2020 (RE 2020), entrée en vigueur le 1er janvier 2022 pour les maisons individuelles et le 1er juillet 2022 pour les logements collectifs, a profondément reconfiguré les stands Batimat 2025. L’indicateur carbone (Ic construction et Ic énergie) a poussé les fabricants à reformuler leurs produits. Trois évolutions majeures étaient visibles :
- Biosourcés structurels : la paille compressée, le chanvre et le bois lamellé-croisé (CLT) étaient présents chez Isover, Knauf et Saint-Gobain avec des fiches FDES (Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire) conformes RE 2020.
- Enduits minéraux bas-carbone : Weber (Saint-Gobain) présentait un enduit de façade dont l’empreinte carbone est inférieure de 40 % aux références 2015 selon leur FDES.
- Menuiseries triple vitrage accessibles : les prix ont baissé de 15 à 20 % sur 2 ans. Le triple vitrage Uw ≤ 1,0 W/m².K commence à s’imposer en logement collectif neuf.
Les matériaux de structure : les tendances lourdes
Le béton bas-carbone était omniprésent. Le ciment Portland CEM I, responsable de ~8 % des émissions mondiales de CO₂, est progressivement remplacé par des liants ternaires (clinker + laitier + cendres volantes). LafargeHolcim présentait un béton de résistance C30/37 avec un facteur d’émission CO₂ réduit de 60 % par rapport au béton ordinaire. Ces formulations sont désormais couvertes par la norme EN 197-5 (2021).
La structure bois s’est imposée comme la vedette de l’édition 2025. Le CLT (Cross Laminated Timber) et le bois massif reconstitué (BMR) s’attaquent maintenant aux segments R+3 à R+6. Les décrets et circulaires du plan bois « Bois pour tous » (objectif 50 % de construction bois en 2030 dans les marchés publics) accélèrent cette tendance. Pour les diagnostiqueurs, cela soulève de nouvelles questions sur la durabilité (classe de risque biologique DTU 36.5, résistance au feu EI-REI) que nous devrons intégrer.
L’isolation thermique : matériaux et performances
Batimat 2025 a confirmé la montée en puissance de l’aérogel de silice comme matériau de référence pour les rénovations à fort contrainte d’espace. Sa conductivité thermique λ de 0,015 W/m·K — trois fois meilleure que la laine de verre — permet des épaisseurs d’isolation deux fois inférieures à performance équivalente. Compter 70 à 100 €/m² en panneau rigide, contre 25 à 40 €/m² pour la laine de roche. Le retour sur investissement reste long (12 à 20 ans), mais pour des logements où chaque centimètre compte, c’est parfois l’unique solution.
Les isolants d’origine végétale (ouate de cellulose, fibres de bois, chanvre) progressent en part de marché. La norme XP CEN/TS 16516 (émissions de substances dangereuses) leur est désormais appliquée, ce qui renforce leur crédibilité auprès des maîtres d’ouvrage exigeants.
La digitalisation du chantier
Un quart des exposants présentaient des solutions logicielles ou numériques. La maquette numérique BIM (Building Information Modeling, norme NF EN ISO 19650) s’impose progressivement en marché public au-delà de 10 M€ HT. Pour les diagnostiqueurs, les passerelles avec les logiciels de DPE (Logiciel 3CL-2021) et les maquettes as-built représentent une opportunité : réduire les écarts entre l’existant construit et les données de calcul énergétique.
Ce que Batimat 2025 n’a pas résolu
Trois questions restent ouvertes selon moi :
- La traçabilité des matériaux recyclés intégrés dans les composites n’est pas encore normalisée — les FDES les intègrent de façon hétérogène.
- Les certifications acoustiques des nouveaux matériaux biosourcés sont encore peu disponibles. La NF S 31-199 ne couvre pas encore les parois en paille.
- Le coût de la main-d’œuvre spécialisée pour la construction bois reste un frein réel : un charpentier CLT qualifié est introuvable dans certaines régions.
En résumé, Batimat 2025 a confirmé une transition accélérée vers la construction bas-carbone, portée par la RE 2020 et les objectifs climatiques. Si vous envisagez des travaux en 2026, demandez à vos artisans les FDES des matériaux qu’ils préconisent — c’est votre droit et un critère de choix qui compte désormais dans les calculs de l’attestation RE 2020.
Note de l’inspecteur
Ce que Batimat 2025 ne montre pas toujours : la performance théorique des matériaux et leur performance réelle en chantier sont deux choses différentes. J’ai expertisé des bâtiments RE 2020 présentant des ponts thermiques majeurs aux jonctions ossature-remplissage, non identifiés par le logiciel de calcul. La qualité d’exécution prime sur les propriétés affichées sur les FDES. Avant de valider le choix d’un matériau biosorcé innovant, demandez des retours d’expérience sur des chantiers similaires en Aquitaine ou en région humide. La RE 2020 a renforcé les exigences, mais la vigilance terrain reste irremplaçable.